L'heure d'histoire de la magie avait été comme prévu à s'endormir debout. On étudiait en ce moment la politique de communication avec les Aveugles durant le Moyen-âge. Un dialogue qui avait fini par une chasse aux sorcières où plus d'Aveugles avaient été brûlées vives que des magiciens. Dimitri s'était installé avec Rosalie et Marie au début du cours, évitant soigneusement mon regard.
Mr. Charrier, le prof d'histoire était un vieil homme, âgé d'environ 80 ans, tenant encore parfaitement debout, mais dont la voix était monotone. Une vraie berceuse ! Son crâne entièrement chauve ainsi que ses lunettes en demi-lune datant du siècle précédent lui donnait l'air d'un érudit. Une image renforcée par sa longue tunique noire ressemblant beaucoup à une soutane.
L'heure suivante, c'était le cours de sortilèges avec Mme Monet, une prof avec un dynamisme impressionnant et une joie de vivre débordante. Cependant, aujourd'hui, elle semblait contrariée. Sa bouche était sans cesse déformée par une grimace de mécontentement. Elle était habillée d'une « façon moderne », cassant le côté très traditionnel du lycée. Elle portait un long tailleur bleu marine composé d'une jupe tombant aux genoux, d'un chemisier blanc aux manches courtes orné d'un ruban noir ainsi que l'écusson de l'établissement en soie. Ses escarpins rouges vernis, seule touche de couleur dans cet ensemble, claquaient sur le parquet ciré de la salle. Elle avait tout de la femme d'affaires chic et son maquillage faisait en sorte de mettre en valeur son regard captivant.
Aujourd'hui, elle souhaitait nous évaluer sur les nouveaux sorts informulés appris et acquis ce dernier trimestre. En effet, nous étions déjà à la fin du deuxième trimestre de l'année scolaire et les examens de fin de trimestre allaient commencés dans une semaine. Ces évaluations me stressaient toujours au bout de deux ans à un point que je n'arrivais pas à trouver le sommeil la nuit. C'était bien la première fois que Mme Monet nous évaluait par surprise. Sa voix chaleureuse était devenue ferme et autoritaire :
« Mettez vous par groupe de deux ! Afin d'évaluer vos progrès, je vais observer vos différents duels ainsi que votre progression dans le tournoi montante-descendante que nous allons organiser. Une note résultera de mes observations qui seront incluse dans votre moyenne trimestrielle avec un coefficient 2. A présent, donnez le meilleur de vous-même ! »
Un discours motivant ! Tous les élèves sortirent leurs baguettes. Outil primordial pour les Magiciens de premier niveau ! La baguette permet d'avoir accès au réservoir d'énergie illimité qu'est la Magie ou sorcellerie. Une énergie volatile et difficile de contrôler sans baguette qui est en quelque sorte le vecteur de cette force. Lorsqu'un Magicien utilise la dite Magie, un peu de sa propre force vitale se lie à l'énergie mystique afin d'action ou l'effet voulu par le sort prononcé pour les novices puis seulement pensé par les meilleurs.
Alex' se plaça avec Romain, tout les deux n'étaient pas d'excellents jeteurs de sorts. Alex' avait beaucoup de mal à un sortilège sans prononcer celui-ci à haute voix. Romain restait trop souvent sur la défensive plutôt que sur l'offensive. Quant à moi, je me débrouillais du mieux que je le pouvais mais l'endurance n'était pas mon point fort.
Alors que je cherchais quelqu'un de seul, Barbara m'appela :
« Cédric ?
- Ouais ?
- tu es avec quelqu'un ?
- Non et toi », questions débile vu qu'elle me la pose.
- Non plus ! Dans ce cas, mettons nous ensemble. »
J'acquiesçai. Sa voix avait quelque chose de bizarre. Mme Monet avait agrandi pour l'occasion la salle afin de nous laisser assez de place pour nos duels. Je n'avais encore jamais vu Barbara se battre donc je ne connais pas sa stratégie. Elle se plaça à environ dix mètres de moi. Les larges fenêtres de la salle s'ouvrirent à la volée pour aérer la grande pièce. Le vent printanier de l'extérieur était frais me donnant la chaire de poule.
Mon adversaire et moi nous saluâmes d'un signe de tête puis nous abaissâmes nos baguettes et enfin chacun de nous adopta sa première position d'attaque. Je préférais garder mon équilibre et me chargeais d'énergie la rassemblant à l'extrémité de mon bras gauche qui tenait fermement ma baguette de chêne.
Barbara tient sa baguette à deux mains afin sans doute de canaliser toute son énergie vers le vecteur. Le silence s'installa dans la salle, tout le monde attendait le signal de Mme Monnet.
« Vous pouvez commencer, bonne chance ! »
L'éclair désarmant de Barbara partit bien avant le mien, je n'eu pas le temps de préparer une défense qu'il me frappa le bras droit, l'engourdissant pendant quelques secondes. Elle préparait déjà une seconde attaque contre moi. Ne pouvant pas en faire autant, je préparai un bouclier afin de parer sa prochaine offensive et voir même la renvoyer sur elle.
Quelques secondes après avoir achever de créer ma défense, un nouvel éclair, cette fois-ci paralysant, sortit de sa baguette d'orme et s'arrêta à quelques centimètres de mon visage alors que je me préparais à le recevoir en pleine figure ! Il était pourtant interdit de viser une partie si fragile ! J'allais tout arrêter lorsque son sort repartis dans...sa direction et la frappa violemment à la jambe droite, la paralysant. Barbara étouffa un cri remplie de surprise et de douleur. Elle me fusilla de son regard bleu-noir, ce qui me fit frissonner.
Que lui arrivait-il ? Pourquoi souhaitait-elle à tout prix à me blesser ? Était-elle aussi possédée ou « en transe » ?
« Barbara, que t'arrive-t-il ? Ça va ? »
Ma voix était cassée, encore troublée de son regard si... froid. Elle ne me répondit pas et se concentrait sur sa prochaine attaque, elle ne pensait qu'à ça. Or sa jambe l'empêchait d'effectuer une offensive correcte. Elle se convulsa alors dans tout les sens essayant de se défaire de l'emprise de son propre sort.
Ce contretemps me donna juste le temps de préparer une attaque contre la folle dingue qui me faisait face. Mon premier sort la déséquilibra de façon à ce qu'elle ne puisse pas m'attaquer. Le second lui arracha sa baguette des mains avec une force inouïe, celle-ci vola jusqu'à moi et se posa à mes pieds. Au moins, elle n'essaierait plus rien contre moi. La mienne pointait toujours dans sa direction prête à empêcher un nouvel assaut. Elle était encore bien capable de m'attaquer physiquement.
Maintenant que le duel semblait être fini, j'étais bien décidé à savoir pourquoi elle se comportait aussi violement avec moi. Bien que je commençais déjà à me forger une réponse...
Ses yeux étaient emplis de surprise et j'affichais un sourire triomphal pour calmer la tension ardente. Malgré cela, elle se releva et s'élança vers moi avec une fureur apparente dans son regard. J'étais pétrifiée, j'aurais eu le temps de l'arrêter cependant quelque chose me paralysait, m'empêchait de bouger et de réagir.
Arrivée à moi, elle me gifla brutalement et me cria :
« C'est de ta faute si Cyrielle est à l'hôpital ! C'est à cause de toi qu'elle est dans cet état ! SALOPARD !!! »
Et elle me frappa encore et encore...
Qu'en pensez-vous ?
